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🌙 Et maintenant ?

L'art d'habiter les entre-deux de la vie




Et maintenant ?

Cette question m'est venue un matin.

Pas violemment.

Pas avec angoisse.


Juste là.

Posée doucement.

Comme on pose une tasse sur une table.


Et maintenant ?


Je réalisais quelque chose.


Je n'avais plus besoin d'habiter celui que j'étais.

Je l'avais pleinement vécu.

Je lui devais beaucoup.


Et, presque sans m'en rendre compte,

je m'en étais doucement réveillé.


Pas parce que c'était fini.

Pas parce que c'était mauvais.


Simplement parce que

quelque chose, en moi,

avait accompli ce qu'il avait à accomplir.


Et cherchait, doucement,

autre chose.

🌿


Le délestage


Il y a un mot qui me revient.


Délesté.


Pas dépossédé.

Pas appauvri.

Pas diminué.


Délesté.


Comme un bateau qui largue du lest

pour pouvoir naviguer autrement.

J'ai été délesté.


Par des choix.

Par des renoncements.

Par la vie elle-même.


Certains étaient volontaires.

D'autres se sont imposés.


Avec le recul,

je ne suis plus certain que la différence soit si importante.


Peut-être fallait-il que certaines choses s'en aillent,

non pour me diminuer,

mais pour laisser davantage de place

à ce qui cherchait déjà à naître.

🌙


Le cœur qui bat


Et puis il y a cela.


Mon cœur qui bat.


Aujourd'hui.

Maintenant.

Ici.


Pas celui d'hier.

Pas celui de demain.


Celui d'aujourd'hui.


Et je me dis parfois

qu'il y a forcément un sens à cela.


Je ne cherche plus un grand sens.

Je cherche un sens vivant.


Un sens à construire.

Un sens à découvrir.


Dans ce battement.

Dans ce souffle.

Dans cette journée qui commence.


Je ne sais pas encore

ce que ce nouveau chapitre va raconter.


Mais je sais qu'il bat.


Et que c'est déjà

une forme de réponse.

🌿


La découverte d'un nouveau soi possible


Je ne cherche pas à devenir quelqu'un d'autre.


Je ne fuis pas celui que j'étais.

Je l'ai aimé.

Je l'ai porté.

Je lui suis reconnaissant.


Mais quelque chose, aujourd'hui,

regarde ailleurs.


Pas avec impatience.

Pas avec peur.


Avec cette curiosité douce

qu'on a parfois devant une porte

qu'on n'a jamais ouverte.


On ne sait pas ce qu'il y a derrière.


On ne sait pas si c'est grand.

Si c'est beau.

Si c'est difficile.


On sait juste

qu'elle est là.

Et qu'elle nous attend.


Pas une rupture.

Pas une révolution.


Juste cette porte.

Et cette main

qui commence, doucement,

à se tendre vers elle.

🌙


La rivière


Je suis dans une rivière.


L'eau est fraîche.

Les galets roulent doucement sous mes pieds.

Suzy, Léna et Thallia splashent autour de moi.


Trois chiens autour de moi,

qui n'ont aucun doute sur ce qu'ils font.


Ils savent qu'il y a une rivière.


J'ai un sac.

Je ramasse ce qui traîne.


Pas comme une corvée.

Comme un petit pas.

Pour ce qui vient.

Y compris pour moi-même.


Je ne savais pas que cela pouvait être aussi simple.


Pendant longtemps,

j'ai cru que le bonheur avait une forme précise.

Une maison.

Un confort.

Une liste de choses à obtenir.


Et puis mon corps a commencé à parler.


Pas avec des mots.

Avec des alertes.

Organiques. Corporelles. Presque animales.


"Va marcher."

"Va dans l'eau."

"Pars faire le tour de la Vanoise à pied."

"Réapprends."


J'ai eu cette chance.

D'avoir un corps qui savait

avant que ma tête comprenne.


Et aujourd'hui,

les pieds dans cette rivière,

un sac à la main —


je comprends.


Le bonheur ne s'obtient pas toujours.


Parfois, il se marche.

Il se respire.

Il se ramasse.

ll s'éclabousse.

🌿


Le regard qui s'ouvre


À vingt ans, je passais devant les fleurs sans les voir.


Aujourd'hui, je m'arrête devant une marguerite

comme si elle avait quelque chose d'essentiel à me raconter.


Je ne suis toujours pas certain qu'elle parle.


Mais j'écoute mieux.


En Ariège, ce matin, à Lavelanet,

je m'arrête devant une fleur blanche en dentelle.

Devant une fleur violette qui explose vers le ciel.

Devant une libellule.

Devant une fleur fanée.


Et cette fleur fanée —

je lui dis quelque chose, intérieurement.


"Voilà.

C'est la fin.

Et pourtant,

rien n'est perdu.

C'est beau aussi."


Parce que regarder la fin d'une fleur

sans tristesse —

c'est peut-être apprendre à regarder

ses propres saisons

avec la même douceur.


Pour aller mieux,

il fallait que j'aie le courage

de m'écarter.


Pas fuir.

S'écarter.


Me nourrir.

Me retrouver.

Et revenir.


Sans culpabilité.

Sans justification.


Je n'avais pas besoin de permission.

J'avais besoin de courage.

🌙


Je ne suis pas pressé


Il y a quelque chose que j'ai appris.


Je ne suis pas pressé.


Ce n'est pas de la paresse.

Ce n'est pas de la résignation.


C'est quelque chose de beaucoup plus doux.

Et de beaucoup plus fort.


Imaginez un appartement.


Les vieux meubles se sont écroulés.

Ceux qu'on avait achetés par économie.

Par devoir.

Par nécessité.


Il y a quelques années,

j'aurais rempli cet appartement en un week-end.


Aujourd'hui,

je peux attendre.


Il faut croire que même mes meubles

ont décidé de m'apprendre la patience.


Je peux habiter cet espace vide.

Le laisser respirer.


Le vide n'est pas un problème à résoudre.


C'est un espace à accueillir.


Et dans cet espace,

quelque chose d'inattendu peut arriver.

Quelque chose qu'on n'aurait jamais choisi

si on avait tout rempli trop vite.


Je peux me courtiser.


Me courtiser moi-même.

Sans appréhension.

Sans vouloir conclure.

Sans chercher à écrire la fin

avant d'avoir commencé le paragraphe.


Je me promène dans ce que je ne connais pas encore

avec une curiosité nouvelle.


Pas d'urgence.

Pas de pression.


Je ne sais pas ce qui va m'être proposé.


Et pour la première fois,

je trouve ça bien.

🌿


Les saisons


J'ai appris à connaître mes saisons.


Pas celles du calendrier.

Les miennes.


Autrefois, quand une saison difficile arrivait,

je cherchais à en sortir le plus vite possible.


Aujourd'hui, je la reconnais.


"Ah. Te voilà."


Pas avec enthousiasme.

Pas avec résignation non plus.


Juste avec cette familiarité douce

qu'on a avec quelque chose qu'on connaît enfin.


J'ai trouvé quelques repères.


La rivière.

Les chiens.

Les fleurs.

La marche.

Le chant des oiseaux.

Et ce sac de détritus ramassés sans importance apparente.


Ces gestes ne résolvent pas tout.

Ils me rappellent simplement où revenir.


Ce n'est pas une certitude.

C'est plus précieux encore : une confiance.


Pas la confiance de celui qui sait où il va.

La confiance de celui qui sait

qu'il trouvera le chemin

même sans carte.


Je ne suis plus un homme de convictions profondes.

Je suis devenu quelque chose de plus léger.

De plus mobile.

De plus vaste.


Un homme de surface, peut-être.


Mais une surface

qui réfléchit la lumière.

Qui accueille la pluie.

Qui laisse passer le vent

sans se briser.

🌙


Et maintenant ?


Cette question ne me demande plus une réponse.


Elle me propose une rencontre.


Avec ce que je ne connais pas encore de moi.


Je ne sais pas de quoi demain sera fait.


Je sais seulement que mon cœur bat.


Aujourd'hui.

Maintenant.

Ici.


Et, certains jours,

c'est déjà une manière d'avancer.


Peut-être que les entre-deux ne sont pas des parenthèses de notre existence.

Peut-être sont-ils les lieux où elle apprend à respirer autrement.


🕯️ Si vous sentez qu'une porte s'entrouvre en vous,

sans savoir encore ce qu'elle révèle,


je serai heureux de marcher un bout de chemin à vos côtés.


Sans réponses toutes faites.


Simplement avec une écoute,

une présence,

et le temps nécessaire

pour laisser émerger ce qui cherche déjà à naître.


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