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🌿 Elle regardait l'horizon… la réponse était en bas de chez elle

Illustration aquarelle et crayon d'une femme souriante arrosant un grand arbre en ville, avec des branches bleues et violettes, des étoiles dorées parmi les feuilles, des papillons colorés, des fleurs au pied de l'arbre et un soleil souriant dans le ciel. Style dessin d'enfant joyeux et naïf, tons chauds sur fond crème, format horizontal.

Pourquoi nous cherchons parfois très loin ce qui attend déjà tout près de nous


Je pense souvent à Sandrine.


Elle aime son métier. Vraiment.

Elle n'a aucune envie de tout plaquer

pour aller élever des chèvres dans le Larzac.


(Rien contre les chèvres, ni le Larzac, d'ailleurs.)


Mais chaque soir, en rentrant chez elle,

elle se poste à sa fenêtre

et regarde l'horizon.


Très loin.

Beaucoup trop loin, en réalité,

pour qu'on y voie quoi que ce soit de précis.


Comme si la réponse à une question

qu'elle n'arrive même pas à formuler

se trouvait forcément ailleurs.


Loin.

Jamais ici.


Ce n'est pas du malheur.

Ce n'est pas de l'insatisfaction.


C'est plus discret que cela.

Comme une sensation

qu'il existe encore une couleur

qu'elle ne connaît pas.

🌙


Un soir pourtant, son regard ne part pas au loin.

Il s'arrête en bas de son immeuble.


Il y a un arbre.


Elle l'a croisé des centaines de fois

sans vraiment le voir —

un peu comme on croise le même voisin

pendant dix ans sans jamais connaître son prénom.


Ce jour-là, elle remarque que ses feuilles

semblent fatiguées.

L'écorce paraît sèche.


Et sans réfléchir davantage,

elle descend.


Elle prend un arrosoir.

Verse un peu d'eau.


Puis elle photographie l'arbre.


Si quelqu'un l'avait vue à cet instant,

il aurait probablement pensé

qu'elle avait un petit coup de fatigue.


Elle-même n'aurait pas su l'expliquer.


Le lendemain, elle recommence.

Puis le jour suivant.


Le geste devient un rendez-vous silencieux.


Pas une mission.

Pas une habitude sérieuse à cocher sur une liste.


Plutôt une parenthèse

où elle n'a absolument rien à réussir.

🌿


Les semaines passent.


Un matin, elle ouvre les deux photographies.


L'arbre lui semble différent.


Peut-être que ses feuilles sont plus vertes.

Peut-être pas.


Au fond, cela importe peu.


Ce qui l'étonne, c'est autre chose.


Depuis longtemps, elle passait son temps

à chercher de grandes réponses.


Et voilà qu'un geste minuscule

lui procurait quelque chose

qu'elle n'attendait plus.


Une présence.

Une disponibilité.


Une manière d'habiter pleinement

quelques minutes de sa journée.


Ce n'était pas l'arbre qui était en train de la transformer.


C'était la relation qu'elle retrouvait avec le monde.


Et peut-être aussi avec elle-même.

🌙

Quelques jours plus tard,

elle ouvre un carnet.


Et elle se met à dessiner cet arbre.


Pas pour qu'il lui ressemble — d'ailleurs,

de toute façon, elle n'a jamais su dessiner.


Les feuilles deviennent des étoiles.

Les branches prennent des formes

qui n'existent dans aucun manuel de botanique.


Les couleurs n'appartiennent à aucun paysage connu.


Et cela la fait sourire.


Personne ne verra ces dessins.

Personne ne lui mettra une note.


(Ce qui, avouons-le,

est probablement une chance pour l'arbre.)


Elle ne cherche pas à devenir artiste.


Elle découvre simplement le plaisir

de créer sans avoir à réussir.


Ce plaisir-là…

elle ne savait même plus qu'il existait.

🌿


Trouver sa voie sans tout quitter


De fil en aiguille,

Sandrine s'est mise à chercher.


Pas un nouveau métier.

Juste une façon de prolonger

ce qu'elle avait découvert avec l'arbre.


Elle a trouvé une formation en art-thérapie.

Des ateliers créatifs, en pleine nature.


Et sans vraiment l'avoir décidé d'avance,

elle s'est inscrite.


Ce n'était pas un projet mûrement réfléchi.


C'était la suite logique

d'un arrosoir, d'une photo,

et de quelques formes inventées sur un carnet.


Aujourd'hui, Sandrine continue son métier

qu'elle connaît bien, qu'elle maîtrise,

qui a du sens.


Mais elle a ajouté quelque chose.


Un espace. Une couleur.


Une part d'elle qu'elle avait laissée

trop longtemps à l'horizon.

🌙


Cette histoire m'en rappelle une autre.


Mais qui raconte, à sa manière,

exactement la même chose.


Je pense à un homme

que j'ai rencontré il y a plusieurs années.


Il ne croyait pas vraiment à la voyance.


Il m'avait appelé presque par défaut —

un peu comme on essaie le dernier remède

quand on a déjà tout tenté.


Il était en soins palliatifs.


Le temps qui lui restait

se comptait désormais autrement.


Nous avons beaucoup parlé.

De sa vie. De son travail. De ses enfants.


C'était un homme brillant.

Une belle carrière. Une famille élevée avec amour.


Et pourtant…

quelque chose est venu bouleverser notre conversation.


Je lui ai demandé :


"Y a-t-il quelque chose que vous regrettez ?"


Je m'attendais à beaucoup de réponses possibles.


Je ne m'attendais pas à celle-là.


Il y a eu un silence.


Quelques secondes, peut-être plus.


Puis il m'a dit, doucement :


"Je n'ai jamais été dans une fête foraine."

🌙


Cette phrase ne m'a jamais quittée.


Je me suis souvent demandé

ce qu'il voulait vraiment dire.


Parlait-il des manèges ?


Ou parlait-il de tout ce qui les entoure ?


L'odeur des gaufres qui se mélange au sucre chaud.


Les glaces italiennes qui fondent

sur les doigts des enfants.


Les lumières qui apparaissent

quand le soir descend.


Les éclats de rire.


Les camelots.


Les parents qui regardent leurs enfants

avec cette expression

qu'on ne sait jamais tout à fait décrire.


Peut-être parlait-il simplement

d'une manière d'être au monde

qu'il n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer.


Je n'en sais rien.


Mais cette question ne m'a jamais quittée.

🌙


Parfois, j'imagine cette rencontre.


Sandrine.


Et cet homme.


Elle lui parlerait peut-être de son arbre.


Il lui parlerait peut-être

de cette fête foraine où il n'était jamais allé.


Ils se souriraient probablement.

Puis le silence reprendrait doucement sa place.


Parce qu'au fond…

auraient-ils parlé de la même chose ?


Je me plais à croire que oui.


Peut-être auraient-ils simplement partagé

ce silence que connaissent les personnes

qui n'ont plus besoin de convaincre l'autre.

🌙


Ces instants

ne remplissent probablement pas un curriculum vitae.


Mais que remplissent-ils, au juste ?


Une mémoire ?


Une sensibilité ?


Cette partie de nous qui continue, malgré les années,

à s'émerveiller devant une odeur de gaufre,

un arbre ou un éclat de rire ?


Je ne sais pas.


Je me pose souvent la question.


Je me demande parfois

si nous cherchons les grandes réponses

un peu trop loin.


Et si certaines attendaient simplement

dans un endroit que nous ne regardions plus.


Au pied d'un arbre.


Au détour d'une promenade.

Dans une fête foraine où l'on n'est jamais entré.


Ou peut-être ailleurs.


Je n'en sais rien.


Mais depuis que j'ai rencontré Sandrine…

et cet homme…


je regarde un peu moins souvent l'horizon.


Et un peu plus souvent

ce qui se trouve juste devant moi.


🕯️ Si, en lisant ces lignes,

quelque chose en vous a doucement levé les yeux…


alors peut-être qu'un arbre vous attend.


Ou un carnet.

Ou une promenade.

Ou une fête foraine.


Pas pour changer votre vie.


Qui sait ce que cela pourrait changer ?


Peut-être rien.


Peut-être beaucoup.


Mais, depuis cette conversation…

je regarde un peu plus souvent les arbres.



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