🌿 La gentillesse comme territoire
- Yann Lecoq
- il y a 1 jour
- 11 min de lecture

Bérangère et Suzy, en montagne.
Je suis parti marcher ce matin.
Seul.
Enfin, c’est ce que je croyais.
Une forêt vous débarrasse assez rapidement de cette prétention.
Il faisait trente-huit degrés.
J’avais une gourde.
Des questions.
Et cinq chiens quelque part derrière moi qui avaient
décidé que cette promenade les concernait aussi.
(À cinq, les chiens cessent d’être des animaux de compagnie. Ils deviennent une organisation.)
Je pensais à un ami.
Quelqu’un que je connais depuis le 18 mai 1982.
Il traversait une séparation difficile.
Je n’en dirai pas davantage.
Il existe des moments dans la vie des autres où la gentillesse
consiste justement à ne pas tout raconter.
Et c’est peut-être là, entre les arbres et cette chaleur un peu écrasante, que j’ai commencé à me demander d’où vient la gentillesse.
Je ne savais pas encore que cette question allait m’emmener de l’Ariège jusqu’en Grèce antique, avec un détour par la préhistoire, sans que ma montre ne comptabilise le moindre kilomètre.
✦
Je m’arrêtai sous un arbre.
Il faisait de l’ombre.
C’est tout.
Aucune facture ne me fut présentée.
Et là, debout dans cette fraîcheur soudaine, une pensée étrange :
et si la gentillesse existait avant que nous ayons inventé le mot ?
Avant la morale.
Avant les religions.
Avant les manuels de savoir-vivre et les formations en communication non violente.
Juste ça.
Quelque chose qui rend possible la vie d’autre chose.
Je levai les yeux.
Cet arbre participait à l’air que je respirais, captait du carbone, retenait le sol sous mes pieds, produisait de l’ombre et hébergeait probablement une quantité considérable d’êtres vivants qui n’avaient jamais entendu parler de moi.
Ce qui était peut-être préférable.
Et puis il y avait tout ce que je ne voyais pas.
Sous mes chaussures, les racines.
Autour d’elles, les champignons.
Des échanges.
Des signaux.
Tout un monde de relations que la science
continue d’explorer pendant que nous marchons tranquillement au-dessus.
Nous avons longtemps aimé imaginer l’arbre comme un grand solitaire.
Planté là.
Silencieux.
Immobile.
Une sorte d’ermite végétal particulièrement réussi.
La réalité semble beaucoup plus peuplée.
Je ne savais pas si un arbre pouvait être gentil.
Je ne savais même pas si cette question avait un sens pour lui.
Mais je commençais à me demander si nous n’avions pas
réservé ce mot un peu rapidement à notre propre espèce.
Après tout, lui était là depuis probablement bien plus longtemps que moi.
Et ce matin-là, entre lui et moi, c’était assez clairement lui qui rendait service à l’autre.
✦
Je posai la main sur son tronc.
De la mousse.
Douce dans un sens.
Résistante dans l’autre.
Comme si elle avait une opinion.
Je recommençai.
Puis avec l’envers de la main.
Puis les yeux fermés.
Voilà où j’en étais.
Un homme de cinquante-six ans, parfaitement sobre,
seul dans une forêt ariégeoise, en train de caresser un arbre.
À cet âge, on aurait pu espérer une activité plus digne.
Manifestement non.
Je décidai surtout qu’en cas d’arrivée d’un autre promeneur,
aucune explication ne pourrait réellement améliorer la situation.
Mais quelque chose venait de changer.
La question n’était plus :comment être gentil ?
Elle était devenue :jusqu’où faudrait-il remonter
pour trouver les premières traces de la gentillesse ?
Le sentier bifurqua.
Ma pensée aussi.
Et en moins de deux cents mètres, j’avais quitté l’Ariège pour la préhistoire.
Personne ne demanda à voir mon billet.
✦
J’essayai d’imaginer nos très lointains ancêtres dans cette forêt.
Il suffisait d’enlever le chemin.
Mes chaussures.
Mon téléphone.
Ma gourde.
Et surtout la rassurante certitude qu’une voiture m’attendait quelque part.
Immédiatement, la promenade devenait moins bucolique.
Car pris individuellement, l’être humain n’est pas
une proposition zoologique extrêmement rassurante.
Pas de griffes.
Des dents convenables, sans génie particulier.
Une vitesse assez médiocre.
Une peau qui a rapidement nécessité quelques aménagements.
Et des enfants qui mettent un nombre d’années
tout à fait déraisonnable avant de devenir autonomes.
Pourtant, nous sommes là.
Et si nous sommes là, c’est notamment parce que nos
ancêtres ont développé une aptitude extraordinaire : les autres.
Partager.
Protéger.
Transmettre.
Soigner.
Surveiller.
Prendre soin des enfants.
Soutenir celui qui ne peut momentanément plus suivre.
À défaut d’être particulièrement impressionnant tout seul,
l’être humain devenait beaucoup plus intéressant à plusieurs.
Et une idée me traversa :
avant d’être une vertu, la gentillesse avait peut-être été une nécessité.
Cela changeait beaucoup de choses.
Parce que nous avons réussi un étrange tour de force.
Dire de quelqu’un :
« Il est courageux. »
Très bien.
« Il est brillant. »
Excellent.
« Il est puissant. »
Impressionnant.
Mais :
« Il est gentil. »
On attend presque la suite.
« …mais ? »
Comme si la gentillesse était devenue le lot de consolation des qualités humaines.
Et si nous nous étions trompés ?
Si prendre soin, coopérer, protéger, transmettre et faire confiance avaient justement constitué quelques-unes des grandes forces de notre espèce ?
Une branche craqua derrière moi.
Je revins immédiatement de la préhistoire.
Personne.
Probablement un animal.
Ou un ancêtre mécontent de ma démonstration.
Je poursuivis.
✦
Le sentier bifurqua encore.
Ma pensée aussi.
Car si cette disposition était si ancienne, à quel moment avions-nous décidé de la confier aux dieux ?
Et me voilà en Grèce.
Le déplacement fut remarquablement rapide.
Aucune correspondance.
Les Grecs avaient une idée.
L’hospitalité offerte à l’étranger, la xenia, était placée sous la protection de Zeus lui-même.
Zeus Xenios.
Protecteur des voyageurs et des étrangers.
L’inconnu qui frappe à votre porte pourrait être un dieu.
Nos panneaux contemporains indiquent :
Propriété privée.
Les Grecs avaient trouvé mieux :
Attention, l’inconnu pourrait être Zeus.
Cela devait sensiblement améliorer l’accueil.
Dans l’histoire de Philémon et Baucis, Zeus et Hermès arrivent sous l’apparence de voyageurs.
Des portes se ferment.
Puis une reste ouverte.
Un vieux couple pauvre les accueille avec ce qu’il possède.
Et découvre ensuite qui étaient réellement ses visiteurs.
Je ralentis.
Quelque chose venait de changer.
La gentillesse n’était plus seulement :nous avons besoin les uns des autres.
Elle devenait :comment vais-je traiter celui dont je ne sais rien ?
L’étranger.
Celui qui n’est pas des nôtres.
Celui qui ne pourra peut-être jamais nous rendre quoi que ce soit.
Et cet étranger se mit à marcher avec moi.
✦
Je le retrouvai avec Abraham.
Dans la Bible, trois visiteurs arrivent.
Abraham leur offre de l’eau, du repos, de quoi manger.
Encore l’étranger.
Encore l’hospitalité.
Puis cette idée qui me trouble davantage :aimer l’étranger parce que nous avons nous-mêmes été étrangers.
La gentillesse pouvait donc avoir une autre source.
La mémoire.
J’ai été perdu.
Alors je reconnais peut-être un peu mieux celui qui est perdu.
J’ai eu peur.
Alors votre peur ne m’est pas complètement étrangère.
J’ai eu besoin.
Alors le jour où je n’ai besoin de rien, peut-être puis-je m’en souvenir.
Mon voyageur poursuivit sa route.
Je le retrouvai dans le Coran, où le voyageur, le voisin
et celui qui est dans le besoin apparaissent parmi
ceux envers lesquels la bienfaisance est recommandée.
Puis le chemin m’emmena en Inde.
À ce stade, j’avais parcouru plusieurs milliers de kilomètres et ma montre refusait toujours obstinément de les comptabiliser.
Je trouvai cela assez injuste.
Dans la tradition hindoue existe cette formule :
Atithi Devo Bhava.
L’invité comme divinité.
Et l’atithi est traditionnellement celui qui arrive sans date fixée.
L’imprévu.
Je pris quelques secondes pour mesurer la distance parcourue par l’humanité.
Car entre :
« L’invité inattendu touche au sacré »
et notre très contemporain :
« Mais qui peut bien sonner à cette heure-ci ? »
il faut reconnaître que quelques siècles ont introduit certaines nuances.
Je souris.
Et une question apparut.
Depuis des millénaires, sous des formes différentes, nous semblions tourner autour du même problème :
Que faisons-nous de celui qui arrive ?
Puis, presque immédiatement :
Que faisons-nous de ce qui arrive ?
Une personne.
Une séparation.
Une contrariété.
Une peur.
Le temps qui passe.
Une émotion.
Tout ce qui entre dans notre existence sans avoir pris rendez-vous.
Une branche basse me frappa légèrement le front.
L’Inde venait de me restituer à l’Ariège avec une certaine fermeté.
✦
Je pensai alors à la veille.
Mon ami était assis dans le jardin.
Silencieux.
Léna, notre golden retriever, s’était approchée.
Elle avait posé sa tête sur sa cuisse.
Et elle était restée.
Pas de :
« Il faut que tu passes à autre chose. »
Pas de :
« Tout arrive pour une raison. »
Pas même l’inévitable :
« Le temps fait bien les choses. »
Juste là.
Présente.
Sans agenda.
La séparation n’avait pas disparu.
Le passé non plus.
Mais pendant quelques minutes, quelqu’un avait peut-être eu un peu moins de solitude à porter.
Je repensai à Zeus.
À Abraham.
Au voyageur.
À l’invité.
Et je me demandai si la gentillesse ne commençait pas parfois là :ne pas chercher à réparer ce que nous pouvons simplement accompagner.
Léna ignorait naturellement tout de Zeus Xenios.
Elle n’avait pas lu la Bible.
Ses connaissances en sanskrit me semblaient également limitées.
Et pourtant.
Elle venait peut-être de résumer plusieurs millénaires d’hospitalité en posant sa tête sur une cuisse.
Je trouvai cela légèrement vexant pour l’histoire de la philosophie.
✦
Je repris le chemin.
Et je trébuchai sur une racine.
Rien de grave.
Un mouvement disgracieux suffisamment rapide pour espérer qu’aucun écureuil n’en ait conservé d’archives.
Et immédiatement, dans ma tête :
« Quel idiot. »
Je m’arrêtai.
Pas à cause de la racine.
À cause de la phrase.
Je venais de passer une heure à réfléchir à la manière dont nous accueillons les autres.
Pendant ce temps, mon propre dialogue intérieur bénéficiait apparemment d’une dérogation.
Je n’aurais probablement pas dit à quelqu’un :
« Quel idiot, tu as trébuché. »
À moi, aucun problème.
Et je me demandai :comment est-ce que je me parle quand je rate ?
Quand je doute ?
Quand je vieillis ?
Quand je ne ressemble pas à celui que j’aurais voulu être ce jour-là ?
Et là, mon voyageur revint.
L’étranger de Zeus.
Celui d’Abraham.
Mais cette fois, il n’était pas à ma porte.
Il était en moi.
Une peur.
Une colère.
Une tristesse qui arrive sans prévenir.
Et si l’hospitalité pouvait aussi être intérieure ?
Une émotion frappe.
Je peux faire semblant de ne pas entendre.
Je peux la chasser.
Ou lui ouvrir.
Pas lui donner les clés.
Encore moins lui confier la voiture.
Juste :
« Tu es là. Qu’est-ce que tu viens me dire ? »
Accueillir ma colère sans casser une chaise.
(Excellente nouvelle pour le mobilier.)
Écouter ma peur sans la laisser choisir l’itinéraire.
Reconnaître ma tristesse sans décider que ma vie entière est ratée.
Ce n’est pas se trouver formidable.
C’est peut-être simplement cesser de se traiter d’une manière qu’on trouverait inadmissible avec quelqu’un d’autre.
La racine était toujours là.
Parfaitement indifférente à mes conclusions.
Je repris ma marche.
✦
Un peu plus loin, j’aperçus un papier au bord du chemin.
Je passai devant.
Trois pas.
Peut-être quatre.
Et je revins.
Je le ramassai.
Je le mis dans ma poche.
Aucun violon.
Aucune médaille.
Personne ne surgit derrière un sapin pour saluer mon geste.
Un papier n’était simplement plus par terre.
Et je pensai à ma fille.
Onze ans.
Combien de fois lui ai-je dit :
« Ramasse. »« Range. »« Dis bonjour. »
Mais si je ramasse simplement le papier ?
Sans commentaire.
Elle voit.
Ou pas.
Elle oublie.
Ou pas.
Peut-être que quelque chose reste.
La psychologie parle notamment d’apprentissage social.
Nous apprenons énormément en observant les autres.
Et les enfants disposent d’un laboratoire particulièrement sophistiqué :nous.
Ils nous voient remercier.
Nous excuser.
Aider.
Râler.
Parler de quelqu’un lorsqu’il n’est pas là.
Faire semblant de ne pas avoir vu le papier.
Ils nous regardent même lorsque nous avons oublié que nous étions regardés.
Et cette idée m’amusa autant qu’elle m’inquiéta :nous transmettons peut-être davantage lorsque nous ne sommes pas en train d’enseigner que lorsque nous enseignons.
Ce qui constitue une assez mauvaise nouvelle pour tous les parents qui pensaient que leurs enfants n’écoutaient jamais.
Ils n’écoutent peut-être pas.
Ils regardent.
Je mis le papier plus profondément dans ma poche.
Il venait de prendre une importance philosophique parfaitement disproportionnée par rapport à sa taille.
C’est le danger des promenades.
✦
Et c’est là qu’une idée assez peu poétique me traversa.
La gentillesse avait peut-être quelque chose à voir avec la propreté.
Je sais.
Après la préhistoire, Zeus, Abraham et l’Inde, arriver au ménage constitue une chute géographique importante.
Je ne parle pas de pureté.
La pureté m’inquiète.
Je parle de quelque chose de beaucoup plus ordinaire.
Nous savons qu’il vaut mieux ne pas abandonner une bouteille dans une rivière.
Ne pas laisser nos détritus dans une forêt.
Alors pourquoi cette attention ne concernerait-elle que les bouteilles ?
Nous déposons aussi des choses chez les autres.
Une remarque.
Une colère qui appartenait à notre journée.
Une confidence répétée.
Une ironie qui trouve exactement l’endroit fragile.
Une phrase prononcée en dix secondes qui, parfois, reste dix ans.
Nous produisons peut-être aussi des déchets relationnels.
Certains sont remarquablement peu biodégradables.
Alors une question apparut :ce que je m’apprête à déposer chez l’autre lui est-il utile ?
Et une autre :est-ce nécessaire ?
Puis parfois :est-ce le moment ?
Je préfère ces questions à :
« Suis-je quelqu’un de gentil ? »
La seconde ressemble déjà à un examen.
Les premières ressemblent davantage à une expérience.
Et puis une parole gentille n’est pas nécessairement une parole douce.
Dire non peut être gentil.
Mettre une limite aussi.
Refuser.
Contredire.
Partir parfois.
La gentillesse n’est pas l’effacement.
Elle n’exige pas non plus de réussir à chaque fois.
Heureusement.
Sinon nous finirions par culpabiliser de ne pas être suffisamment gentils.
Ce serait une manière assez peu gentille d’apprendre la gentillesse.
✦
À ce stade, il ne restait plus qu’à savoir si notre cerveau avait prévu quelque chose.
J’imaginai un petit bureau :
Service central de la gentillesse
Deuxième étage.
À droite après l’amygdale.
Les neurosciences sont malheureusement moins bien organisées.
Il n’existe pas une zone unique consacrée à la gentillesse.
Plusieurs réseaux participent à la perception des émotions d’autrui, à la compréhension de son point de vue, à la régulation de nos réactions et aux décisions sociales.
Et certains comportements d’aide ou de coopération peuvent aussi solliciter des circuits liés à la récompense.
Autrement dit, faire du bien peut parfois nous faire du bien.
Après plusieurs centaines de milliers d’années d’évolution, l’organisation n’est finalement pas si mauvaise.
Mais comprendre ce que ressent quelqu’un ne suffit pas.
On peut comprendre une fragilité et ne rien en faire.
Ou, malheureusement, s’en servir.
Il reste donc quelque chose.
Un choix.
Un espace minuscule entre ce que je ressens et ce que je décide d’en faire.
Peut-être que la gentillesse habite parfois là.
Dans les deux secondes où je pourrais répondre et où j’attends.
Dans la phrase que je pourrais prononcer et que je décide finalement de garder.
Dans le moment où je pourrais me traiter d’idiot et où je me contente de reconnaître que cette racine était particulièrement mal placée.
Ce dernier point demeure scientifiquement discutable.
Mais il me convenait.
🌙
Je reconnus enfin le chemin.
Le vrai.
Enfin, probablement.
La pensée nomade a ses charmes.
Retrouver sa voiture également.
Je n’avais pas trouvé de définition de la gentillesse.
Tant mieux.
Les définitions ont parfois cette fâcheuse tendance à fermer les portes que les questions venaient juste d’ouvrir.
J’étais parti avec un mot.
Je revenais avec des chemins.
Un arbre qui rend possible d’autres vies.
Des humains qui avaient peut-être compris très tôt qu’ils survivraient mieux ensemble.
Zeus qui place l’étranger sous sa protection.
Abraham qui offre de l’eau.
Un voyageur qui traverse les religions et les siècles.
Léna qui pose sa tête sur une cuisse sans diplôme.
Une racine qui me fait découvrir que je ne me parle pas toujours avec beaucoup d’élégance.
Ma fille qui me rappelle qu’un geste silencieux peut parfois voyager plus loin qu’une consigne.
Et un morceau de papier qui avait réussi l’exploit de mobiliser la préhistoire, l’Olympe, plusieurs traditions spirituelles, la psychologie et les neurosciences.
Je le sortis de ma poche.
Il n’avait pas l’air particulièrement impressionné.
✦
Je ne sais toujours pas si l’on devient gentil.
Et finalement, cette question m’intéresse moins qu’au départ.
Je préfère penser que l’on peut essayer.
Pas tous les jours.
Pas partout.
Pas avec tout le monde.
Nous avons aussi le droit d’être fatigués.
Maladroits.
Contrariés.
De répondre trop vite.
De nous tromper de chemin.
Et même, certains jours, de passer devant le papier sans revenir le chercher.
Il n’y a pas d’examen.
Pas de médaille.
Pas de certificat.
Peut-être simplement une attention qui se développe.
Un peu comme lorsque, après avoir découvert une constellation, on commence soudain à la reconnaître dans le ciel.
On remarque davantage.
Ce que l’on dit.
Ce que l’on laisse.
Ce que l’on accueille.
Et parfois ce que l’on pourrait offrir.
Un silence.
Une présence.
Un geste.
Une place.
Un peu d’ombre.
Je repassai sous l’arbre.
Il était toujours là.
Je me gardai bien, cette fois, de décider s’il était gentil.
Après tout ce voyage, j’avais peut-être enfin appris à ne pas répondre trop vite.
Je levai simplement les yeux vers ses branches.
Puis je repris le chemin.
Avec mon papier dans la poche.
Et cette idée encore fragile :peut-être que la gentillesse
n’est pas une manière d’être meilleur que les autres.
Peut-être est-ce simplement une manière de prendre
un peu soin de ce que notre passage rencontre.
Je trouvai cela suffisant pour une promenade.
Quant à savoir si l’arbre était d’accord avec cette interprétation,
je n’ai pas osé lui demander.
Il avait déjà beaucoup fait pour moi ce matin-là.
Et puis il me restait encore une question essentielle à résoudre :retrouver la voiture.
🕯️ Peut-être que vous aussi, vous êtes arrivé jusqu’ici avec quelqu’un en tête.
Ou avec quelque chose qui frappe à votre propre porte.
Une question.
Une peur.
Un changement.
Un chemin dont vous ne savez plus très bien où il mène.
Alors nous pourrons peut-être en parler.
Sans prétendre connaître la destination.
Après tout, les voyages les plus intéressants ne commencent pas toujours avec une carte.



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