La noblesse de laisser l’autre être lui-même
- Yann Lecoq
- il y a 3 jours
- 3 min de lecture

Il y a une chose que nous oublions souvent :
chaque être humain est un monde à lui seul.
Un monde avec son rythme.
Son histoire.
Ses blessures invisibles.
Et ses petites manies étranges aussi, soyons honnêtes.
Certains réfléchissent trois jours avant d’envoyer un message.
D’autres répondent en trois secondes avec un vocal de six minutes.
Certains ont besoin de solitude pour respirer.
D’autres paniquent au bout de dix minutes de silence.
Et pourtant…
nous tombons amoureux, nous faisons des enfants,
nous travaillons ensemble,
comme si tout ce petit bazar intérieur allait miraculeusement
se synchroniser sans effort.
Non 😌
La douce illusion : “Moi, ta à place…”
Nous avons tous cette phrase dans notre tiroir mental :
“Moi, à ta place, je ferais comme ça.”
Et nous la sortons souvent avec les meilleures intentions du monde.
Vraiment.
Sauf que…
nous ne sommes jamais à la place de l’autre.
Nous sommes à la place de nous-mêmes,
avec notre histoire, notre système nerveux,
nos traumas recyclés,
nos talents cachés
et nos angoisses premium édition limitée.
Bref :
nous donnons souvent des conseils en taille unique
à des êtres humains sur mesure.
On peut aimer et pourtant un peu envahir
C’est une vérité légèrement inconfortable :
On peut aimer profondément quelqu’un
et pourtant lui marcher doucement sur l’âme
avec nos bonnes intentions.
Quand on impose un rythme.
Quand on impose une vision.
Quand on impose une manière d’être heureux.
On ne le fait pas pour dominer.
On le fait souvent parce qu’on a peur pour l’autre.
Ou parce qu’on veut qu’il aille mieux vite.
Ou parce que son mal-être réveille le nôtre.
Résultat :
on transforme parfois un être humain
en chantier relationnel.
“Alors, on en est où de ta guérison cette semaine ?”
😅
Être bon, ce n’est pas corriger
Être bon, ce n’est pas réparer l’autre.
Ce n’est pas l’optimiser.
Ce n’est pas le pousser gentiment mais fermement
vers la meilleure version PowerPoint de lui-même.
Être bon, parfois, c’est juste :
– écouter sans conclure
– rester sans solution
– soutenir sans diriger
– aimer sans coacher
(oui, même quand on voit très bien
ce qu’il devrait faire… évidemment 😌)
La vraie douceur est un art du retrait
Il y a une forme de noblesse à savoir se retenir.
À ne pas donner le douzième conseil de la journée.
À ne pas reformuler la vie de l’autre en mieux.
À ne pas expliquer ses émotions à sa place.
La vraie douceur ne prend pas toute la place.
Elle en laisse.
Elle dit silencieusement :
“Je ne te comprends pas totalement…
mais je te laisse être comme tu es quand même.”
Ce qui, entre nous,
est une performance spirituelle de très haut niveau.
Supplanter l’autre de sa singularité
(sans s’en rendre compte)
Quand on parle trop à la place de l’autre.
Quand on ressent trop pour lui.
Quand on décide trop pour lui.
On finit par occuper son territoire intérieur.
On ne lui laisse plus beaucoup d’espace
pour être confus, lent, contradictoire, fragile, unique.
Et pourtant…
c’est souvent exactement là
que l’âme respire encore un peu.
🌱 Quelles solutions douces et humaines ?
Pas des techniques.
Pas des méthodes miracles.
Plutôt des postures intérieures.
1. Remplacer le conseil par la curiosité
Au lieu de :
“Tu devrais faire ça.”
Essayer :
“Qu’est-ce qui serait juste pour toi en ce moment ?”
(Il se peut que la réponse ne vous plaise pas du tout 😌)
2. Honorer les rythmes différents
Accepter que l’autre mette plus de temps.
Ou moins.
Ou autrement.
Le rythme n’est pas un défaut moral.
3. Laisser l’autre rester un peu mystérieux
On n’est pas obligé de tout comprendre pour aimer.
Heureusement.
Sinon, les couples thérapeutes-thérapeutes
auraient déjà colonisé la planète.
4. Pratiquer la bonté sans agenda caché
Aider sans vouloir un résultat.
Soutenir sans vouloir une transformation immédiate.
Autrement dit :
aimer sans contrat de performance émotionnelle.
5. Se souvenir que chaque être est un monde
Et qu’aucun monde ne doit être colonisé.
Même par amour.
Même avec de très bonnes intentions.
Conclusion
Chaque être humain est une œuvre en cours.
Pas un brouillon à corriger.
Aimer l’autre, ce n’est pas le façonner.
C’est lui faire assez de place
pour qu’il puisse devenir lui-même.
Et peut-être que la bonté la plus rare aujourd’hui
n’est pas celle qui agit…
Mais celle qui respecte profondément
la singularité de l’autre
sans essayer de l’optimiser.



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