La beauté de laisser l’autre être différent
- Yann Lecoq
- il y a 2 jours
- 3 min de lecture

À force de vivre ensemble, nous oublions parfois une chose essentielle :
l’être humain est une énigme lente.
Une énigme qui ne se livre pas d’un coup.
Une énigme qui se déploie par couches, par saisons, par détours.
Et surtout, une énigme qui ne demande pas toujours à être comprise, mais à être respectée.
L’erreur de vouloir résoudre l’autre
Dans le couple, nous confondons souvent amour et résolution.
Nous voulons comprendre vite.
Savoir où l’on va.
Nommer. Définir. Rassurer. Être rassurée.
Comme si l’autre devait déjà savoir ce qu’il est,
ce qu’il veut,
ce qu’il sera.
Or l’humain ne fonctionne pas ainsi.
L’humain se cherche en marchant.
Ne pas savoir n’est pas toujours hésiter.
C’est parfois habiter une question plus vaste que soi.
Les temporalités humaines ne sont pas synchrones
Du point de vue anthropologique, il n’existe pas une seule manière de grandir.
Ni une seule vitesse.
Ni un seul calendrier intérieur.
Certains êtres parlent tôt.
D’autres comprennent tard.
Certains s’engagent vite.
D’autres mûrissent longtemps en silence.
Et pourtant, notre société valorise la rapidité, la clarté immédiate, la décision visible.
Comme si la lenteur était un défaut.
Alors qu’elle est souvent une profondeur.
L’exemple des chemins tardifs
Un enfant qui apprend à lire tardivement n’est pas un mauvais lecteur en devenir.
Il est parfois un lecteur plus fin, plus intuitif, plus sensible au sens qu’à la mécanique.
Albert Einstein, enfant, n’avait rien d’un génie précoce.
Il a interrogé tardivement des notions que d’autres assimilent très jeunes,
comme le temps, la continuité, l’avant et l’après.
Mais c’est précisément parce qu’il est arrivé tard à ces évidences
qu’il a pu les remettre en question plus profondément.
La lenteur n’était pas une incapacité.
C’était une élaboration différente.
Appliqué au couple
Dans un couple, il en va souvent de même.
Quand l’un a besoin de réponses rapides
et que l’autre avance par intuition lente,
il ne s’agit pas d’un déséquilibre moral.
Il s’agit de deux architectures intérieures différentes.
L’un a besoin de dire pour exister.
L’autre a besoin de sentir pour se situer.
Et demander à l’autre d’aller plus vite que ce qu’il peut
revient parfois à lui demander de se trahir.
L’énigme n’est pas un refus
Quand l’autre ne peut pas rassurer,
ce n’est pas toujours qu’il ne veut pas aimer.
C’est parfois qu’il est en train de devenir.
Et devenir prend du temps.
L’énigme humaine n’est pas un mur.
C’est un passage.
Mais ce passage ne se traverse pas sous la pression.
Deux identités pour qu’un couple tienne
Un couple ne tient pas parce que l’un convainc l’autre.
Il tient parce que deux identités continuent d’exister côte à côte.
Dès que l’une cherche à imposer sa temporalité,
son rythme,
sa lecture du monde,
le lien commence à se fragiliser.
Ce n’est pas une identité ennemie qui fait tenir un couple.
C’est une cohabitation respectueuse des différences.
Aimer, c’est parfois contempler
Aimer, ce n’est pas toujours agir.
C’est parfois regarder l’autre sans intervenir.
Contempler ce qu’il peut aujourd’hui.
Ce qu’il ne peut pas encore.
Ce qu’il a quitté.
Ce vers quoi il tend, même sans le savoir clairement.
La contemplation n’est pas une passivité.
C’est une forme élevée de respect.
🌿 Petit exercice contemplatif
Lorsque l’autre vous semble trop lent, trop flou, trop indécis, essayez ceci :
Asseyez-vous quelques minutes et posez-vous cette question simple :
👉 Et si cette lenteur n’était pas un manque,
mais une maturation que je ne vois pas encore ?
Puis une seconde :
👉 Qu’est-ce que je redoute le plus :le rythme de l’autre… ou mon propre inconfort face à l’attente Ces questions ne demandent pas de réponse immédiate.
Elles ouvrent un espace.
En conclusion
La beauté de laisser l’autre être différent,
c’est accepter que l’humain ne se livre pas à la même altitude pour tous.
Certains montent vite.
D’autres montent profond.
Mais ce n’est pas la vitesse qui définit la valeur d’un chemin.
C’est la justesse avec laquelle il est emprunté.
Et peut-être que l’amour mature commence là : quand on cesse de vouloir résoudre l’énigme de l’autre, pour simplement marcher à côté d’elle.



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